Sainte-Lucie


  • L'île aux deux pitons garde quelques traces d'une centaine d'année de présence française, notamment sa langue créole...

C'est trop con


  • Du photographe qui rata la seule image possible de Napoléon à l'auteur du Millénium qui mourut juste après avoir remis son manuscrit : histoires de ratages, d'oublis, de drames bêtes et de drôles de concours de circonstances.

17 mai 2008

Tu nous la copieras

Napoleon L'anecdocte a été racontée par Bruno Léandri dans ses chroniques de Fluide Glacial. Le 5 mai 1821, quand Napoléon est mort à Sainte-Hélène (son fils Léon lui ayant crevé le bidon, selon la célèbre comptine), la photo n'était pas encore inventée. On n'a donc que des dessins ou des gravures de Bonaparte mort, exposé sur son lit de camp d'Austerlitz. La première photographie digne de ce nom (il faut se méfier, maintenant...) est due à Joseph Nicéphore Niépce, qui immortalisa sa propriété à Saint-Loup-de-Varennes (ci-dessous) en 1826 ou 1827.Niepce1
Si vous me suivez, vous en déduisez qu'un photographe se joignit donc à l'expédition envoyée à Sainte-Hélène pour ramener les cendres de l'Empereur, 19 ans après sa mort. Le 15 octobre 1840, Gouraud, Bertrand, Joinville, Marchand et les autres présents lors de l'exhumation ont le choc de leur vie en découvrant le visage certes émacié mais intact de Napoléon. Mais Le Dr Guillard craint que l'air n'active la décomposition du corps et on referme tout, au bout de 2 ou 3 minutes à peine. Le malheureux photographe présent n'a pas le temps d'opérer (les temps de pose sont colossaux, à l'époque). En plus, cet animal a abimé son appareil et il pleut des hallebardes. Tout le monde n'est pas Robert Capa...

Notre ami se dit qu'il aura bien le temps, pendant le voyage du retour à Paris. Mais quand il refait une tentative, quelques jours plus tard, sur la Belle Poule, la décomposition a fait son œuvre. Plus question d'un cliché qui ne serait pas à la mesure de la gloire posthume du grand homme. Certains inventent des trucs géniaux et se font piquer l'idée. D'autres ont une belle invention entre les mains et ils vendangent les bonnes occasions de s'en servir...

Polar suédois

Larsson Dans la série "C'est trop con", après l'âne bâté qui rata la seule photo possible de Napoléon, la mort de Stieg Larsson tient une place de choix. La légende claironne à l'envi que l'auteur du célébrissime Millénium est mort juste après avoir remis son manuscrit à son éditeur suédois, Norstedts. L'histoire se retrouve à longueur de pages sur Google, dans des termes quasi identiques. Mais ça manque trop de précision pour être honnête...
En réalité, Stieg Larsson est mort un bon mois après. La faute aux nuits sans sommeil, à l'excès de tabac et de café, à un taux de cholestérol élevé et à un ascenseur en panne. Contraint de se taper sept étages à pied pour rejoindre les locaux d'Expo, la Fondation contre l'extrême droite qu'il anime, il fait une crise cardiaque en arrivant en haut et succombe presque instantanément. « Mais je dois travailler ! » seront ses dernières paroles.
Millnium En Suède, comme chacun sait, on ne perd pas le Nord. Les ascendants et descendants de Larsson se réveillent. En vertu de la loi locale, son frère et son père héritent de l'immense fortune et gèrent seuls les droits colossaux afférents. Exit la compagne de Stieg Larsson (ils vivaient ensemble depuis 32 ans, sans être mariés), terminés leurs projets communs : le tome 4 de Millénium devait financer Expo, le tome 5 la construction d'un foyer pour femmes battues. Quant aux éditeurs, ils ne cessent de rajouter des couches sur ce qu'ils ont déjà en or.

12 mai 2008

Des écluses et des hommes

Le Marketing Personnel, c'est bien joli, mais on en fait quoi, exactement ? Mettre un peu d'ordre dans ses présentations en ligne. Supprimer ce qui est redondant, publier des choses nouvelles, s'inscrire à des réseaux sociaux (Linkedin, Facebook, etc.). Très bien. Mettre régulièrement à jour son status Facebook, afin de "twitter" malin. Parfait. Observer avec ravissement les résultats sur Google et Yahoo évoluer dans le bon sens. Génial. Et après ?

Après, cela nous renvoie à nous, tout simplement. Quel est mon projet ? Qu'ai-je envie de faire ? Les outils ne sont rien s'ils ne sont pas mis au service d'une stratégie personnelle. Et tous les blogs, zikis et réseaux du monde ne vous amèneront aucun business ou poste si vous ne portez pas en vous un projet qui vous donne envie de vous dépasser. Inutile de raconter ou de se raconter des histoires. On ne deviendra pas du jour au lendemain champion de 100 mètres plat ni auteur comblé de livres à succès (d'ailleurs, vous vous voyez en Marion Jones ou JK Rowling ?) par la grâce d'un réseau social ou d'une perle technologique, espérée ce matin, apparue ce midi et dépassée ce soir. Le seul miracle à attendre sera celui de vous étonner vous même. Comment ? Passer ses propres limites est déjà une belle façon de se surprendre. Ce qui implique de ne pas se méprendre sur les obstacles.

250pxarthur_koestler Dans "Le zéro et l'infini", Arthur Koestler (ci-contre, en 1948, photo de Pinn Hans) a raconté cette fameuse parabole des écluses. A peine a-t-on fini d'en passer une que déjà la suivante se profile au lointain. Et se retrouver en haut de l'une ne vous encourage pas à souffler : vous êtes maintenant au bas de la prochaine à franchir. Combien de personnes vivent comme ça, en pensant qu'il suffirait de poser un acte fondateur pour que plus rien ne soit comme avant. Si j'avais du temps, j'écrirai. Si je n'étais pas marié(e), je partirai en voyage. Si je gagnais plus d'argent, je serais enfin débarrassé des angoisses qui m'obsèdent. Autant d'écluses, autant de leurres masquant la vacuité du projet personnel. Tu veux écrire ? Ecris ! Les blogs, c'est pas pour les chiens, mon gars. Tu veux partir en voyage ? Pars, ma fille. Tu veux gagner plus d'argent ? ... Et après ?

Mon ascendance portugaise me rappelle de temps en temps l'épopée des navigateurs lusitaniens. Est-ce qu'ils partaient pour partir ? Pas tout à fait. Avant le départ des grandes expéditions, on rassemblait une sorte de collège d'experts : géographes, astrologues, militaires, religieux, etc. Non pas seulement pour se demander comment serait réparti le butin, comme seraient traitées les populations et baptisées les terres découvertes, mais pour essayer de savoir pourquoi on allait là-bas, plutôt que de rester ici. Car on avait le choix de rester. Je ne donne pas quitus pour autant aux Vasco de Gama et consorts, qui, une fois partis, en faisaient un peu à leur tête brûlée. Mais j'aime assez cette idée de réfléchir, et pour cela d'échanger, de confronter avant de se lancer. Non pour demander l'avis des autres. On ne leur demande rien aux autres, sinon d'écouter. Votre avis, c'est vous qui le forgez, et vous avez besoin d'en parler pour ça. Parler avec son miroir, ça ne marche pas souvent. Aaa_reynkay_5747 Marcel Duchamp (ci-contre, jouant aux échecs, en 1952, photo de Kay Bell Reynal), dont je viens de lire la passionnante biographie, écoutait les autres (avec parcimonie, cependant) et n'en faisait qu'à sa tête, ensuite. Faire ce qui vous plaît vraiment sera votre seule boussole. Ça tombe bien, on est en mai.   

Ce qui me parait important, justement, c'est de ne jamais laisser les autres (votre hiérarchie, l'environnement, l'entreprise...), décider pour vous, surtout pour ce que vous voulez faire.  Ça n'a l'air de rien, mais c'est déjà un sacré changement. Si vous travaillez sur votre Marque Personnelle, ne l'abandonnez pas au gré des vagues concentriques du conformisme social, qui l'enserrent et la ramènent sans arrêt au port. Ne la laissez pas non plus se flétrir, faute de soins attentifs.

Ensuite, cette marque, il faut la distribuer. Rencontrer un chasseur de tête de temps en temps, des relations dans d'autres entreprises que la vôtre, est un impératif pour chaque manager. Même et surtout si vous n'avez pas envie de bouger tout de suite. C'est justement maintenant qu'il faut les voir. Quand vous aurez envie de partir, ce serait bien difficile de remonter la pente. Pour les indépendants, la donne est différente, mais la recherche constante d'opportunités procède du même raisonnement. Les affaires vont bien, vous avez du boulot jusque là ? C'est le moment de réfléchir à votre stratégie, aux partenariats de demain, aux vaches maigres d'après demain. Qui vous connait, à part vos contacts habituels? Qui aurait envie de travailler avec vous, hormis ce client historique qui se repose sur vous comme sur une béquille, à toute heure du jour et de la nuit.

Et puis, la vie professionnelle n'est plus linéaire. Monsieur le salarié deviendra un jour, qui sait, sans effort particulier ni renoncement, un indépendant de première force. Et madame l'indépendante se fera un jour une douce violence pour se retrouver à saluer le vigile à l'entrée et à monter naturellement, comme chaque jour, rejoindre son bureau au 8e. En saluant les collègues et en se promettant de les retrouver à l'heure du déjeuner.

   

05 mai 2008

Reflets numériques

J'ai animé récemment plusieurs sessions autour du Marketing Personnel, avec différents publics, aux âges et aux positions sociales bien différentes. Des étudiants, des managers, des indépendants. L'expérience montre que ce sont toujours les mêmes réactions et interrogations qui remontent, à peu de choses près. Il y a d'abord une énorme surprise quand on fait ensemble des recherches sous différents angles sur Internet. La découverte de son image, de sa notoriété, de sa réputation (même quand elles se réduisent à rien) a toujours un effet cathartique. Découvrir son reflet numérique, mais aussi le partager, voir celui des autres, se comparer, découvrir des liens qu'on ne connaissait pas, retrouver des traces d'anciennes collaborations. 

Sciencespocreteil Ce sont les étudiants de Sciences Po qui m'ont le plus étonné. Un mélange de naïveté et d'inexpérience, bien plus surprenant que je ne l'aurais supposé au départ. Je pensais que cette génération, née avec un ordinateur dans les mains, qui prend des notes en cours directement sur son ordi, avait fait le tour de l'outil. Je m'attendais à prendre une belle leçon de surf et de connexion. J'aurais pu comprendre qu'on me demande ce que c'est qu'un fil RSS, comme lors d'une récente Rencontre en soirée Marketing Personnel. Mais j'ai été surpris par cet étudiant qui me demandait pourquoi je mettais des guillemets avant et après les mots recherchés dans Google (pour trouver la liste des liens relatifs à une expression exacte). Avec Facebook, mes derniers a priori sont tombés. Ils pensaient, un peu ingénument, que leur profil n'était pas référencé, et ils étaient à des lieues de s'imaginer qu'on pouvait y accéder facilement (sous réserve de faire partie de Facebook et d'avoir réglé les paramètres de confidentialité en ce sens). Une jeune étudiante a eu les mêmes mots pour décrire ses réticences face à la démultiplication de son identité que le cadre confirmé ou l'indépendant débutant. « Je n'ai pas envie qu'on sache tout sur moi... ».

Les questions sur la confidentialité rejoignent alors celles des managers confirmés, qui s'en inquiètent d'emblée. «Pourquoi devrais-je m'afficher sur Internet ? » est une des questions qui revient le plus souvent. D'abord, il n'existe aucune obligation. Ensuite, cette question souligne des appréhensions classiques, qu'un simple examen du problème peut lever. La perspective d'abandonner une part d'intimité, la crainte de normaliser les comportements, la peur de se montrer. Autre inquiétude : s'afficher, oui, mais pour dire quoi. « Je veux bien ouvrir un blog », me disait récemment un manager. « Mais qu'est ce que je vais raconter ? ». A quoi il est répondu habituellement « Mais vous n'avez rien à dire ? Vous n'avez jamais d'avis ? Vous n'avez jamais écrit une belle note sur un sujet qui vous tient à cœur ? Vous n'en avez pas 20 déjà écrites dans vos dossiers ou sur votre disque dur ? ». D'ailleurs est-on obligé d'avoir un blog ? Non, évidemment. La seule chose sur laquelle il faut travailler, c'est la publication d'écrits relatifs à vos activités. On peut initier et contrôler en publiant soi-même sur un blog. Mais on peut aussi faire confiance aux blogs des autres, aux médias, aux entreprises, aux réseaux sociaux.

Chez les étudiants, cette inquiétude va plutôt se focaliser sur le manque de références professionnelles : « Si je m'affiche, et que je n'ai rien fait, ça va se voir ». Je me souviens que mon CV d'étudiant faisait une bonne page, alors que je n'avais quasiment que des stages à mettre sous la dent de mes futurs employeurs. L'intérêt des CV en ligne est de pouvoir renvoyer aux éléments de preuve. J'ai travaillé chez Tartempion, avec un lien actif sur le nom, renvoyant au site ou au service concerné, avec à la clé un document faisant référence.  etc. Evidemment, il faut avoir travaillé. Mais pas seulement : écrire, contribuer à des projets, avoir une activité associative, être scout, faire du sport, parler une langue ou avoir une passion rare. Pas besoin d'être un professionnel blanchi sous le harnois pour afficher ça et le prouver.

Les réseaux sociaux demeurent le sujet de saison
. A une exception près, tous les étudiants rencontrés ce soir là étaient sur Facebook (et j'imagine aussi sur MySpace, Flickr, etc.). Aucun des managers ne l'était. Mais l'aspect pratique (Quel réseau choisir ? Comment mettre en ligne sa fiche, etc.) l'a vite emporté chez les managers, sur les réserves habituelles que les étudiants avaient levées... sans se rendre compte des conséquences. Il y a eu, j'imagine, quelques réajustements par derrière : effacement d'albums photos un peu trop festifs, reprise de données personnelles trop voyantes, retrait d'applications un peu olé olé, etc.) quand les managers s'y sont mis en ayant pris conscience des enjeux (Facebook ou Linkedin?). Le lendemain, je recevais les liens vers les profils ou je répondais aux demandes de mise en relation. 

17 avril 2008

Les dures plaines du Far West

Farwest10 heures, mercredi 16 avril 2008. La bourgade proche de la frontière mexicaine où je viens d'arriver après des jours de voyage est assoupie sous un soleil de plomb. J'attache mon cheval, je prends mon dossier dans ma sacoche et je pénètre dans la Banque. Le vigile à l'entrée n'est pas mal rasé. Il ne joue pas de l'harmonica affalé dans un rocking chair. Mais son regard soupçonneux éteint rapidement mes rêves de conquête de métal précieux à la pointe du 6-coups. Je suis reçu par un jeune chargé de clientèle, à qui je présente mon entreprise, mes activités, mon idée, 10 minutes montre en main, avec quelques docs à l'appui. Mon interlocuteur prend quelques vagues notes. Il m'a prévenu d'entrée : « Nous ne faisons que du crédit classique ». C'est très franc, mais bizarrement, ce n'était pas marqué sur l'affiche que j'ai arraché du mur de mon village. Petite étourderie des services Marketing, sûrement.
Quand je pense que j'ai quitté El Paso, ma famille et mes amis pour tenter ma chance vers le Rio Grande. « Là-bas, il y a de l'or ». Je passais tous les jours devant cette affiche jaunie, collée sur le mur du cimetière, qui proclamait «250 Millions pour 5000 projets ». Ça s'adressait à des gens comme moi, les rebelles, ceux qui ont des idées, qui rêvent de grands espaces, qui savourent l'odeur de la poudre et la poussière sur leurs santiags. Qui dorment à la belle étoile, la tête sur la selle, en rêvant sous la lune dans le décor de Monument Valley, pendant que le feu s'éteint et qu'au loin, hurlent les coyotes. Je ne suis pas un perdreau de l'année et je me doute bien que cette opération a juste pour objectif de compléter leur fichier clients. Et que les 250 millions promis risquent fort de ne pas sortir des coffres de la Banque. Les banques ont les mêmes produits, les mêmes organisations, les mêmes contraintes règlementaires... Seul le marketing peut faire la différence. Du coup, on martèle un infime point de détail, qui devient une tuerie, tellement elle respire l'innovation ébouriffante et l'avantage concurrentiel de première bourre.
J'ai terminé ma présentation et je sens déjà que ça n'ira pas plus loin. Le chargé de clientèle me dit que ce que je présente est intéressant. Je m'en doute un peu aussi. Sinon, je n'aurais pas fait l'effort de me déplacer dans cette agence en travaux, au bord d'un boulevard au trafic infernal, pour être reçu dans des locaux de fortune. Et par un jeune homme, un pied-tendre comme dans Lucky Luke, à qui on ferait sortir du lait de sa mère si on lui pressait le nez. Il tient à me faire deux remarques. La première est positive : « Votre projet est très abouti, il n'y a rien à ajouter ». La seconde est évidemment le coup de pied de l'âne. Il a compulsé mes trois derniers bilans que je lui complaisamment fourni. « Je vois à votre bilan une dette de 23000 €... ». Genre, ça fait tâche. Je lui réponds que ça me rappelle un dialogue des “Trois frères”, le film des Inconnus. Pascal Légitimus est reçu par un conseiller de l'ANPE, qui lui dit que chômeur, ça fait tâche sur un CV. Il lui répond, un peu énervé « Bon, alors, je trouve un boulot et je reviens vous voir, c'est ça ? ».

Je donne alors à mon tour mes conditions
pour accepter d'aller plus loin. Car je viens de lire le doc qu'il m'a demandé de remplir. Et j'ai vite repéré qu'on me demandait une caution. Je suis propriétaire, avec ma femme, d'un bel appartement dans le 1er. Je suis un bobo revendiqué. Et franchement, la caution, c'est pas le point le plus faible de mon dossier, si je peux me permettre cet euphémisme. Je sais donc que si l'acceptation de mon dossier dépend de ce point, j'ai vraiment toutes les chances de mon côté. Mais cette perspective me fait sortir de mes gonds. On devait parler de projet, et il me faudrait quasiment la signature de mes parents et la bénédiction de Benoît XVI. Adieux veaux, vaches, buffalos et garçons vachers. Comme je suis un garçon raisonnable, et que mon interlocuteur n'y est pour pas grand chose (de toutes façons, ce n'est pas lui déciderait mais son back-office), je reste poli et je lui dit qu'on va en rester là et que je vais demander à ma banque habituelle. Vous savez, celle avec la pub «Alors, heureux ? »...
En sortant de la Banque, Dead Man Junction est toujours assoupie sous le soleil de plomb. Un Mexicain dort les pieds sur les rails du chemin de fer. Je remonte sur mon cheval et j'enquille la rue Etienne Marcel, direction mon ranch. Je sifflote « Dans les plaines du Far West quand vient la nuit...» Dans quelques jours, en arrivant à la maison, j'étreindrai Emma et je lui raconterai. Elle pleurera un peu, les enfants aussi. Mais elle comprendra. Et quelques jours plus tard, je repartirai...

15 avril 2008

Petites exceptions françaises

N646440417_504782_8501 C'est un blogueur chevronné et il est venu au dernier Café des Victoires : deux bonnes raisons de parler d'Hugues Serraf et de son dernier livre, “Petites Exceptions Françaises”. Hugues avait lancé la série éponyme sur son blog Commentaires & Vaticinations. Le livre, qui sort le 2 mai 2008 chez Albin Michel, est sous-titré “25 bonnes raisons pour que le monde ne nous envie pas”.
Couverture_pef_3 Travers du quotidien, mœurs françaises drôles ou archaïques, esprit national hésitant entre conservatisme et prétention à l'universalisme... L'auteur traque ces exceptions mineures qui nous différencient de nos voisins, si proches et si lointains à la fois...

Lire la suite "Petites exceptions françaises" »

14 avril 2008

Demandez le programme

Métro, boulot, 2.0... Les missions, les déplacements et le réseautage nous occupent beaucoup, vous et moi. Voici donc quelques occasions pour nous rencontrer, lors d'événements que j'anime ou co-anime. A souligner en rouge, jaune ou bleu dans votre agenda des deux mois à venir.

Rencontres en soirée - 24 avril 2008
Echanges autour du thème de la Marque Personnelle. Eléments clés de la marque personnelle, maîtrise de son identité numérique, réseaux sociaux à investir, palette d'outils personnels... Le tout selon un format de 2 heures (18h-20h), avec un pot à l'issue des échanges. Prochaine rencontre dans nos locaux, Place des Victoires. Participation aux frais : 30 €. Inscriptions ici.

- Brain Buzz Café - 6 mai 2008
Découvrir les communautés virtuelles et les mettre au service de sa marque personnelle et des marques de l'entreprise. Réservés aux directeurs Marketing, directeurs de la communication, directeur ou responsable Marque, dirigeants d'entreprises innovantes… Co-animé avec Marc Traverson et Gilles Misrahi.

Logomp2 Marketing Personnel
- 13 mai 2008
J
ournée de formation coworking pour construire et développer sa marque personnelle, au service du développement de son business ou pour booster sa carrière. Réservés aux consultants indépendants et entrepreneurs en solo, managers, dirigeants, chefs de projet... Co-animé avec Marc Traverson.

Atelier “Communication de changement” - 27 mai 2008
Communiquer de façon efficace pour réussir la transformation des entreprises, avec le souci du résultat mesurable. Organisé par Infopromotions.

Atelier “Réseaux sociaux- 30 mai 2008
Apprivoiser les réseaux sociaux (Facebook, Linkedin, Naymz, Viadeo...), les maîtriser et les utiliser à bon escient en entreprise.

Café des Victoires
La date n'est pas arrêtée, mais nous devons programmer fin mai ou début juin un nouveau Café des Victoires. Le succès des deux opérations précédentes (40 personnes à la dernière édition) nous fait nous interroger sur l'évolution de la formule, notamment le lieu choisi (La Cantine), qui se révèle du coup exigu. Co-animé avec Marc Traverson.

05 avril 2008

Traces de passage

Avant, on avait des bouts de papier dans sa poche, on gribouillait sur un carnet. Maintenant, avec un portable, on peut aussi noter et y revenir plus tard. Noter quoi ? Des traces, ces choses qu'on ne voit pas habituellement, qui n'attirent pas le regard, ou dont on se détourne volontairement ou non. Mais qui, d'un seul coup, vous sautent aux yeux. Les graffitis, par exemple. Je suis longtemps passé à côté sans les voir. Depuis quelque temps, ils m'interpellent et je ne vois plus que ça. Non que j'approuve forcément cette pratique, mais ces traces urbaines sont intéressantes à observer. 
Evidemment, on est loin des graffitis de Pompéi ou des inscriptions de Restif de la Bretonne sur les parapets des ponts de l'ïle-Saint-Louis. 800pxkilroy_was_here_redrawnOu du célèbre "Kilroy was here", dont la présence accompagnée d'un dessin est toujours hilarante (ci-contre). A son propos, je me souviens d'avoir vu dans les toilettes d'une gare anglaise une parodie qui disait :
« I clap my hands
  and I jump for joy
  Cause I was here
  Before Kilroy »

Maintenant, on manie la bombe aérosol, l'aérographe, le pochoir (comme la fameuse Miss.Tic), le diamant (sur les vitres du métro...), le marqueur, voire la mosaïque (comme Space Invader), voire, tout simplement, le stylo ou l'autocollant. Trouver des signes à décrypter là-dedans n'est pas facile. Mon premier regard intéressé sur ces sujets a justement été provoqué par des autocollants apposés sur une poubelle rue Saint-Honoré, à Paris.

N703353270_420546_1172De loin, on aurait dit des personnages de dessins animés japonais, genre Hello Kitty. De près, on voyait un mélange d'autocollants publicitaires vantant Akli D, artiste algérien autoproclamé "Kabyle mental", de papiers dessinés, découpés et collés, et de formulaires "Courrier prioritaire" récupérés à la poste du Louvre toute proche et détournés de leur fonction première. Je vais sûrement au mieux faire ricaner, au pire me faire quelques ennemis supplémentaires, mais l'ensemble posé sur le fond vert de la poubelle m'a séduit, au sens premier du terme. C'est-à-dire qu'il m'a fait changer de route. J'ai vu ces couleurs et je les ai trouvées fraîches. J'ai aimé les visuels. Je ne dis pas que c'était la découverte du siècle, ni que j'aurais dû embarquer la poubelle en question (j'ai juste fait une photo au portable). Simplement, à partir de ce moment précis, mon regard sur ces images a changé. J'ai essayé de découvrir ce qu'il y avait derrière. Qui les signaient. Comment elles étaient réalisées. Où elles se trouvaient. Dans quel état elles étaient. Je ne tiens pas à devenir le conservateur, n'ayant aucun attachement aux objets. En outre, leur aspect éphémère les condamne à une disparition certaine. J'ai prélevé quelques "échantillons" ça et là, au gré de mes balades, et je les ai gardés dans mon portable. Voici quelques-uns de ces échantillons. 

N703353270_457717_555D'abord, cette fresque rue Clavel à Paris. Elle est située tout contre le théâtre du même nom. Les guidons des motos et vélos décollent la peinture à mi-hauteur. Celle garée devant ce soir-là, et le poste de télévision abandonné avaient l'air de faire partie de la composition, un personnage semblant désigner le poste et un autre chevaucher le destrier mécanique. Je résume : une très belle fresque, probablement une commande, signée (illisible, au milieu, en haut) représentant la rue Clavel en perspective avec ses magasins aux devantures taguées, des tags par-dessus, un dessin rajouté qui a été recouvert à la peinture, des débris urbains et des véhicules qui donnent une nouvelle perspective à l'ensemble, soit pour l'abimer ou la détruire, soit pour lui donner un relief inespéré.

N703353270_420549_2527_2 Deuxième trace, ce papier encré, découpé et collé rue du Jour, toujours à Paris. Ça paraît presque trop beau pour être vrai. Je me demande d'ailleurs si la boutique de mode toute proche n'est pas à l'origine de cette composition trop artistique pour être honnête. L'étrange machine paraît signée (ou "retaguée") "Deedz". La silhouette humaine est paraphée (avec la même incertitude) "Drôme à der"... Le scooter garé devant donne une espèce de profondeur à l'ensemble.

N703353270_420550_2992 Dernière trace, aperçue à Thonon-les-Bains, sur la vitrine d'un magasin désaffecté, dans une des rues piétonnes. Cette sérigraphie qui fait au moins 2 mètres de haut et de large a été lacérée, taguée. Le vent et la pluie ont fait leur œuvre. Le regard du personnage attire l'œil (le mien, en tout cas...). On sent l'élève des Beaux-Arts derrière la composition et les bandes bleues et noires qui strient l'image. Quelques graffitis sans rapport sont venus s'interposer sur la vitrine et la composition anonyme.

Que dire de tout ça : une volonté louable de se montrer, de montrer son œuvre, de l'intégrer dans son milieu de référence. De s'approprier des espaces, de marquer son territoire aussi, de façon volontaire ou non. Ce qui m'amène à des traces d'une autre nature (c'est le cas de le dire...) aperçue en Normandie, cette fois. 10022008237_2 Sous la forme d'empreintes de pas griffus dans la boue, de coulées dans les herbes convergeant vers une entrée de terrier, de déjections ça et là. C'est plus facile à identifier : Monsieur Blaireau nous montre sans complexe les chemins où il a ses habitudes, signe son passage avec ses crottes, indique par où il disparaît sous la terre. Le terrain étant sous notre juridiction, l'animal est désormais protégé. Car ailleurs, on le chasse sans pitié, lui et ses congénères, pour de supposés dégâts aux cultures de maïs. Je vous fais grâce des images de massacres de ces mustélidés, trouvées sur des blogs anti ou pro-chasse. Sachez que comme tout bon chasseur, il faut chasser avec son chien, et que le Jack Russel terrier n'a pas son pareil pour aller débusquer la bestiole. Tout cela est affligeant. 

Entendons-nous bien : je ne fais pas le parallèle entre les traces du blaireau et les graffitis. Simplement, je trouve étrange que certains artistes laissent volontairement des traces qu'on ne voit pas toujours, pour leur malheur. Et que le blaireau laisse volontairement des traces qu'on voit, pour le sien.

21 mars 2008

Les traces de la Marque Personnelle

Groupecafe_2 Pour savoir ce que nous avions retenu de leurs cours, certains de nos professeurs n'hésitaient pas à regarder ce que nous avions écrit sur nos cahiers ou nos carnets. Nous avons organisé le 21 mars 2008 à la Cantine, le deuxième Café des Victoires, rendez-vous mensuel sous forme de petit déjeuner centré sur le thème du Marketing personnel. L'affluence inattendue (une quarantaine de personnes, contre 25 la première fois, un mois auparavant) compliquait un peu notre tâche. La question des perceptions ne se pose pas dans les mêmes termes quand on a s'adresse à 1, 2, 10, 25 ou 40 personnes. N'ayant les moyens de sonder les esprits, il est toujours difficile de savoir quelles traces ont laissé les messages et les échanges. Pour s'en faire une petite idée, fort heureusement, un de ces participants, Frédéric Duval, m'a envoyé un mail avec les 11 règles à retenir concernant la Marque Personnelle, résumant selon lui ce qui s'est dit lors de nos échanges de ce matin. Je vous les livre telles quelles.

Notesmarque 11 règles pour sa marque personnelle

1. Réputation, Notoriété et Image. Voilà le triptyque réussi de la nouvelle identité numérique.

2. Le début de toute identité est la fameuse « présentation flash », pour laquelle il faut trouver les mots adaptés et percutants. C’est le fil rouge et un point de centralité de ses différentes facettes.

3. Pour vraiment travailler dans la durée sa relation sur les réseaux sociaux, il faut passer du virtuel au réel et matérialiser ce lien par des rencontres régulières.

4. Dans notre société d’hyper communication, face à la surenchère et à l’inflation des outils, une communication de base est impérative si l’on ne veut pas disparaître des écrans radar.

5. Le marketing personnel consiste à inverser le flux de communication pour passer de « taper dans le dur » à « être souvent sollicité ».

6. Séduire sur certains atouts ou artifices n’est rien si l’on ne peut pas convaincre ensuite sur des faits et expertises vérifiables. « Savoir être » puis « être » sont ainsi indissociables.

7. La dimension personnelle (liée à l’individu dans son authenticité) est essentielle notamment dans des situations de « Small Talk » : ascenseur, cantine, machine à café… Le mot gentil, l’interpersonnel est ce qui reste et ce que les gens retiennent.

8. Il faut absolument trouver un équilibre dans les échanges. Savoir se rendre disponible à l’autre, prendre vraiment le temps et être à l’écoute sont nécessaires pour parvenir à une relation équilibrée et satisfaisante pour chacun.

9. Des personnes rencontrées récemment peuvent permettre de s’exposer davantage, comme avec une page blanche, et d’obtenir une réponse plus directe, un effet miroir sans a priori et dégagé de l’affectif.

10. Pour lutter contre la frénésie addictive que suscitent au début les réseaux sociaux, il faut se poser régulièrement la question du sens, de l’utilité et de l’objectif des réseaux. Il faut faire le tri dans ses pages pour éviter l’effet « vitrine tagguée ».

11.    La « bonne relation » enrichissante et utile vient souvent de là où on ne l’attend pas. Chaque rencontre, chaque début de relation doit pouvoir avoir sa chance. Parce que l’on n’est jamais vraiment à l’abri d’un succès !

20 mars 2008

A court d'arguments

Avant même d'aller voir "Bienvenue chez les ch'tis" (au succès bien mérité), j'avais été frappé par son affiche. Elle ne m'avait pas emballé c'est le moins qu'on puisse dire. On ne se refait pas : j'ai toujours tendance à chercher du concept quand il n'en faut pas, et des idées compliquées là où un message simple attire le chaland. Prenons donc cette affiche qui vous dit tout bêtement « Dans ce film, des personnages rient ». La casquette de travers de Dany Boon suggère un état différent de la normale. Et les rires à gorges déployées des deux compères semblent s'ajouter à l'infini, et s'alimenter mutuellement pour ne jamais s'éteindre. La promesse du film est tenue, car j'ai bien ri : souvent les gags s'enchaînent  jusqu'au fou rire, avec du premier et du deuxième degré.

1888995118835404










Cette affiche
ne fait que reprendre l'argument du film, sans faire de fioriture : une comédie joyeuse avec deux héros complices. D'autant qu'on m'a fait remarquer la similitude de  cette affiche avec un autre succès phénoménal du cinéma français, "Le corniaud" avec deux autres compères, Bourvil et De Funès. Stupéfiant, non ? Même message : « Vous voulez rire ? Venez voir ce film, les acteurs rient et vont vous faire rire ». Même promesse, même argument, même succès. A ce stade, je me suis dit que je devais revoir les affiches de films avec un œil neuf, en me demandant quels étaient les promesses, les arguments, les messages suggérés par les images et les titres.

Il faut dire qu'entre temps, j'avais été un peu agacé par la campagne de communication autour d'un autre film “Il y a longtemps que je t'aime”, de Philippe Claudel. Le 9 mars 2008, j'achète le JDD et le supplément Fémina : facilement 15 pages tartinées sur le sujet. Interviews et portraits des actrices, interview de Philippe Claudel, présentation du film, reportage dans "Le Nancy de Philippe Claudel", sujet sur les relations frères-sœurs illustré par le film, patins, couffins. S'il n'y avait pas l'horoscope d'Elsa Zylberstein, choisir son épilation maillot par Kristin Scott Thomas et éradiquer les poux de ma fille par Philippe Claudel, c'est sûrement par manque de place...

Une semaine après, je rachète le JDD (c'est ma faute, aussi), rebelote, avec une interview d'Elsa Zylberstein sur le film. Dimanche après-midi, je vais donc au ciné voir le fameux "Bienvenue chez les ch'tis" (excellent, vraiment). Et là, avec les bandes annonces, on a droit aux réactions des spectateurs invités aux avant-premières du film de Claudel, sortant de la salle les yeux larmoyants, bafouillant dans le genre « Je suis trop ému pour parler tellement c'est beau mais je vais quand même dire un mot (sinon je serais plus invité aux avant-premières)... ». Avec zooms bizarres et caméra qui bouge pour faire vraie vie avec des vrais gens filmés par un vrai amateur... Je ne sais pas si le film est bon, mais ces pleurnicheries de spectateurs mises en scène étaient assez insupportables, voire indécentes.

18906714Le film sortait la semaine suivante, donc tout ça, c'était un buzz organisé. En réalité, la promo du film était confiée à Fémina : c'est écrit en tout petit sur l'affiche du film. Du coup, j'ai regardé d'encore plus près cette affiche. Argument, message, promesse ? On se doute qu'on ne va pas se marrer. Le genre est donc dramatique, parfait. On va voir ce film pour écraser une larme. Promesse tenue, confirment les spectateurs filmés à la sortie du film, la larme à l'œil. Mais quand on lit "Bienvenue chez les ch'tis", on se doute un peu du contenu. Là avec "il y a longtemps que je t'aime", je ne vois pas bien le rapport entre le visage en gros plan de Kristin Scott Thomas, et le contenu du film (grosso modo, l'héroïne sort de prison, sa famille l'ayant rejetée pendant tout ce temps, et va s'installer chez sa sœur). Il faudrait changer le titre ou la photo, car ensemble, ça cloche, non ? Ou alors l'affiche ne sert à rien, le buzz devant suffire à emporter l'adhésion. Dans mon cas, c'est raté. 

Lire la suite "A court d'arguments" »