Tu parles… Elle se trompe grave ! Elle va pas être déçue du voyage ! Et qui je suis pour parler ainsi ? Pour savoir déjà à quel point la vie peut être moche ? Moi, ch’suis l’haridelle qu’est pas sur la photo… Nan, ch’suis pas sur la photo, je suis jamais sur la photo, je suis celle qu’on remarque pas, qu’on voit pas, à laquelle on fait pas attention, celle qui doit s’écarter pour pas qu’on l’écrabouille !
« Haridelle ! Haridelle ! » C’est comme ça qu’on m’appelait à la maison. Je trouvais ça joli, quand j’étais petite. Ça faisait un peu hirondelle, avec ses deux L pour voler... Je trouvais ça romantique, léger, féminin... Bref, je me voyais comme un oiseau, gracile, libre, joyeux... et je respirais cette joie de vivre !
Et puis, patatras ! Un jour, j’ai découvert le vrai sens du mot... Et ça m’a fait mal, mais mal, vous pouvez pas imaginer ! C’est vrai ça, vous croyez que vos parents vous voient comme une beauté légère et vous comprenez brusquement que c’est tout le contraire et que votre surnom vient du fait que vous n’êtes pas gracile, non, vous êtes maigre, vous n’êtes pas légère, vous êtes souffreteuse, et vous n’êtes pas un oiseau mais un cheval malade, une grande gigue toute maigre et sèche ! Ah ben ça fait plaisir, on se sent aimée !
Bonjour l’égo ! Et depuis ce jour, plus de sourire, plus de joie de vivre... Ah, ils voulaient une haridelle... Et ben, ils allaient l’avoir... Et voilà comment on transforme une petite fille heureuse en haridelle furieuse !
Isabelle Marcus






