Crinière au vent, impétueuse, extrêmement belle.
Hennissant de rire à la moindre bagatelle.
Et laissant présager une femme exceptionnelle.
Arrivée poulinière, elle rencontra un jeune étalon.
Malgré tous nos pronostics, il parvint à dompter son fougueux caractère.
Cependant on le trouva rapidement cavalier, on n’aimait guère ses manières.
Mais elle se cabra, prit sa défense et préféra continuer sa course folle.
Un jour, on apprit leur mariage et on y alla pour elle.
Et je la revois, ombre blanche magnifique avec sa robe à crinoline.
Seule hongre au tableau, son rossard d’époux. Une vraie cravache verbale, ce sombre crottin !
Quand elle exprima tout son amour, il la brida d’un soupir et là, rit d’elle devant tout le monde.
La bague au doigt, devenu mari d’elle, il l’enferma dans sa solitude à lui… Sombre citadelle…
Puis vingt ans passèrent et il la quitta en lui disant de ne pas faire de foin.
Il avait rencontré la poulinière de sa vie et en était marri d’elle.
Il tourna les talons et la laissa désespérée, le moral dans les sabots.
Je la revis un après-midi et ne la reconnus pas.
Une vie de désamour l’avait rendue carne, une vraie gueule d’haridelle.
Elle prenait le mors aux dents, dès que je la taquinais gentiment.
Je pris congé de cette inconnue en lui assurant malgré tout mon soutien éternel.
J’appris sa mort un an après…
Harassée par son divorce, elle s’était tarie d’elle-même.
Je lui rendis visite sur sa tombe et y déposa le seul objet symbolisant à la fois sa vie et sa mort.
Une photo de mariage… Où l’on voit un magnifique Frison endeuillé par un blanc incongru.






