On était en janvier et dehors… il caillait. J'avançais rapidement, entre deux mares de neige salée mélangées à la boue. J'avançais, des acouphènes encore pleins les oreilles de la soirée que je venais de passer la veille, à mille kilomètres de chez moi. Ici, sur les berges du fleuve Saint-Laurent. 1 Montréal.
Objectif de cette fin d'après-midi du 3 un peu «gueule de bois» : prendre le car et repartir au Etats-Unis. Dix heures de trajet. Trois heures entre Montréal et la frontière puis sept pour rejoindre la capitale, Washington, où je vivais à l'époque.
Je marchais en priant pour ne pas glisser sur une plaque de verglas. Je faisais d'autant plus attention que j'avais un téléphone collé dans la main et la main collée sur l'oreille. Machinalement, à la fois pour me protéger du froid et pour mieux entendre les interminables « tut » de la sonnerie, j'avais plaqué l'autre main sur l'autre oreille. J'attendais avec impatience qu'elle décroche.
Elle était française. Une chanteuse installée au Québec comme il y en a tant d'autres. En temps normal, rien ne nous aurait poussé à nous parler, mais ce soir là on avait été bien ensemble. Nos regards s'étaient croisés lors du réveillon, deux jours auparavant. Ça n'avait pas été une rencontre comme les autres. Nous avions fait connaissance sur le trottoir, en faisant la queue devant un bar.
La tempête battait son plein, le vent imposait à chaque millimètre de mon corps sa température négative. Foutrement négative. Moins 27°C. Penser à cette sensation atroce aujourd'hui encore me fait trembler. Ambiance pré-réveillon et froid abyssal. Nous avions partagé une cigarette. Puis une deuxième. Puis nous avions marché, discuté. La soirée passant, nous avions finalement fêté la nouvelle année tous les deux à notre manière.
J'ai attendu ses nouvelles pendant deux jours. Voici le matin du troisième. J'ai tellement espéré la revoir. Elle n'a jamais décroché. J'ai pris le car en direction du sud, traversé la frontière vers 23h et suis arrivé à Washington à 6h le lendemain. Mal installé sur un mauvais siège, j'avais toujours le goût glacé de ses lèvres sur les miennes. On était le matin du 4 et sur le parvis de la gare routière, il faisait toujours aussi froid.
Vengeur masqué
Objectif de cette fin d'après-midi du 3 un peu «gueule de bois» : prendre le car et repartir au Etats-Unis. Dix heures de trajet. Trois heures entre Montréal et la frontière puis sept pour rejoindre la capitale, Washington, où je vivais à l'époque.
Je marchais en priant pour ne pas glisser sur une plaque de verglas. Je faisais d'autant plus attention que j'avais un téléphone collé dans la main et la main collée sur l'oreille. Machinalement, à la fois pour me protéger du froid et pour mieux entendre les interminables « tut » de la sonnerie, j'avais plaqué l'autre main sur l'autre oreille. J'attendais avec impatience qu'elle décroche.
Elle était française. Une chanteuse installée au Québec comme il y en a tant d'autres. En temps normal, rien ne nous aurait poussé à nous parler, mais ce soir là on avait été bien ensemble. Nos regards s'étaient croisés lors du réveillon, deux jours auparavant. Ça n'avait pas été une rencontre comme les autres. Nous avions fait connaissance sur le trottoir, en faisant la queue devant un bar.
La tempête battait son plein, le vent imposait à chaque millimètre de mon corps sa température négative. Foutrement négative. Moins 27°C. Penser à cette sensation atroce aujourd'hui encore me fait trembler. Ambiance pré-réveillon et froid abyssal. Nous avions partagé une cigarette. Puis une deuxième. Puis nous avions marché, discuté. La soirée passant, nous avions finalement fêté la nouvelle année tous les deux à notre manière.
J'ai attendu ses nouvelles pendant deux jours. Voici le matin du troisième. J'ai tellement espéré la revoir. Elle n'a jamais décroché. J'ai pris le car en direction du sud, traversé la frontière vers 23h et suis arrivé à Washington à 6h le lendemain. Mal installé sur un mauvais siège, j'avais toujours le goût glacé de ses lèvres sur les miennes. On était le matin du 4 et sur le parvis de la gare routière, il faisait toujours aussi froid.
Vengeur masqué





