Mon père ce héros, en deux coups de cuillère à pot, a fichu l’camp, changé d’enseigne. Restent de lui les volutes d’une cigarette –celle du café, ma préférée–, trois médailles au fin fond d’un tiroir –lequel ? j’ai oublié…–, un air de Léonard Cohen qu’il m’avait dit aimer.
Sur le buffet s’empilent les journaux, nouvelles d’un monde en asphyxie. Respire me disait-il, même quand ça pue c’est encore nous et plus encore : la note obscure, bleue quand elle est jazzy, rouge sang.
Sur le buffet s’empilent les journaux, nouvelles d’un monde en asphyxie. Respire me disait-il, même quand ça pue c’est encore nous et plus encore : la note obscure, bleue quand elle est jazzy, rouge sang.
Héros s’en est allé. Heureux ? Allez savoir… Soixante-quinze piges, ça fait déjà un joli bail. Contre la montre et son tic-tac, une paire de lunettes, vestige d’un savoir toujours en fuite. Et dans la pièce l’odeur de la menthe, celle qu’on met dans le thé partagé en silence, un jour d’été de préférence… Odeur simple et poivrée, celle de mon père. Juste lui-même.
Armelle






